Témoignage de Loong Ung,toujours tiré de son livre...
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[...]Des villageois entourent le camion pour regarder les membres du "nouveau peuple",c'est à dire nous.Tous sont vêtus des habituels pyjamas noirs,et portent autour de la tête ou sur les épaules un foulard à carreaux rouge et blanc.Bien qu'ils soient plus vieux,ils ressemblent aux soldats Khmers rouges qui avaient envahi notre ville,sauf qu'ils n'ont pas de fusils.
"On devrait tuer et fusiller les capitalistes! " crie quelqu'un dans la foule et nous regardant d'un air menaçant.Un autre villagois s'avance et crache aux pieds de papa.Papa,les épaules basses,joint les mains en un geste de salutation.Ils ont l'air très méchant,on dirait des tigres affamés prêts à nous sauter dessus.Leurs yeux noirs nous fixent avec mépris.Je ne comprends pas pourquoi ils me regardent comme si j"étais un animal curieux,en réalité,nous nous ressemblons beaucoup.
"Viens,il faut descendre du camion",me dit papa doucement,A contre coeur,mes pieds,me portent vers ses bras grands ouverts.Je lui murmure à l'oreille : " Papa,qu'est ce que c'est les capitalistes? Pourquoi faut il les tuer?" Papa ne me répond pas et me dépose par terre.
Cinq cents membres de la "base" vivent à Ro leap.On les appelle "Ancien peuple " ou " Peuple de la base " parce qu'ils habitaient déja le village avant la révolution.La plupart des gens de la base sont des fermiers et paysans illetrés qui ont soutenu la révolution.Selon l'Angkar,ce sont des citoyens modèles,car la plupart ne seront jamais sortit de leur village et n'ont pas été corrompus par l'Occident.
Nous sommes le " nouveau peuple " qui a été chassé des villes.Les gens de la base,qui ont toujours vécu à la campagne,sont récompensés en ayant le droit de rester dans leurs villages.tous les autres sont forcés d'aller là ou l'ordonnent les soldats.Les membres de la base doivent apprendre aux gens du nouveau peuple à travailler dur et à être fiers de leur pays.Alors seulement nous serons dignes du nom des Khmers.[...]
Kim m'explique qu'un capitaliste est un habitant des villes.Il dit que le gouvernement des Khmers rouge pense que la science,la technologie et tout ce qui est mécanique sont mauvais,et doivent être donc être détruits.Selon l'Angkar,la possession d'instruments mécaniques comme les montres,les horloges,les téléviseurs et les automobiles crée une profonde division de classes entre riches et pauvres.Cela permaittait aux riches des villes d'étaler leur richesse,pendant que les pauvres des campagnes s'échinaient pour nourir et vêtir leur famille.Ces instruments étaient importés de l'étranger,et par conséquents mauvais.Les seules machines autorisées sont les camions qui servent à évacuer les gens,et les armes pour réduire au silence les voix qui s'élèveraient contre l'Angkar.
Un des chef s'avance d'un pas décontracté,bougeant les bras et les jambes avec une lenteur délibéré.
"Dans ce village,nous vivons selon les règles rigoureuses fixées par l'Angkar.Vous devez les respecter.Un de ces règles concerne l'habillement.Vous voyez que nous portons tous les mêmes vêtements.Chacun et chacune est coiffé de la même façon.Ainsi nous nous libérons de la vanité,cette création corrompue de l'Occident."
Un des soldats se tenant à ses côtés s'avance vers une famille.Il tend le bras vers le sac que tient une femme.Tandis que le sac glisse de son épaule,elle baisse les yeux.Le soldat fouille ds le sac et regarde avec dégout les vêtements colorés qu'il trouve.Il vide le contenu du sac par terre,au millieu des gens qui font cercle autour de lui.La même scène se répète pour chaque famille.
Avant même que le soldat n'approche,maman a empilé tous nos sacs devant nous.Le soldat prend les sacs et commence à jetter nos vêtements sur le tas.Il plonge la main dans un des sacs et en retire quelque chose de rouge,mon soufle s'accelère.Une robe de petite fille.Il grimace comme si la vue d'un tel objet lui soulevait l'estomac,puis roule la robe en boule et la lance en haut d'un tas de vêtements...Autant de souvenirs d'une vie passée qu'il faut détruire.Je suis la robe du regard en concentrant mon ernergie sur elle,je voudrais tant la sauver.Ma première robe rouge,celle que maman m'avait cousue pour le Nouvel An.
"Il est interdit de porter des vêtements de couleur,continue le chef.Vous ôterez ceux que vous avez sur le dos et vous les brûlerez également.[...]"
"-Dans le Kampuchea démocratique,nous sommes tous égaux et n'avons à nous abaisser devant personne.Lorsque les étrangers ont envahi le Kampuchea,ils ont apporté avec eux leurs mauvaises habitudes et leurs titres fantaisistes.Depuis que l'Angkar a chassé les étrangers,nous n'avons plus à utiliser ces titres fantaisistes.A partir de maintenant vous direz " Met " (Camarade) à tout le monde.
-Oui camarade,répondons nous collectivement.
-Les enfants changeront leur façon d'appeler leurs parents.Père se dit maintenant " Poh " et plus Pa,Papa,et Mère, "Mèh".Dans ce village,nous partageons tout.Il n'y pas de proprièté privée.Animaux,terres,jardins et même maisons,tout appartient à l'Angkar.Si l'Angkar vous soupçonne d'être un traitre,nous viendrons chez vous pour tout fouiller.les hommes de la base et nos camarades soldats surveilleront votre zone de travail;s'ils voient que vous négligez vos devoir et signalent que vous êtes paresseux,vous n'aurez rien à manger.
Les enfants n'iront pas à l'école pour emcombrer leur cervelle d'informations inutiles.si nous les faisont travailler dur,ils auront des esprits aiguisés et des corps agile.L'Angkar ne tolère pas la paresse."
Bien que nous soyons en principe tous égaux,il y a au village,trois clases de citoyens.Au sommet il ya le chef,dont l'autorité s'étend au village entier.Il commande ses assistants et les soldats Khmers rouges.[...]Ils ont tous les pouvoirs d'enseignement,de police,de jugement et d'exécution.Au niveau local,ils sont les yeux et les orreilles de l'Angkar.Ils rapportent toutes les activités à l'Angkar et font respecter la loi de l'Angkar.
Ensuite il y a "L'ancien peuple ",la plupart sont des paysans presque ou totalement incultes,mais les Khmers rouges les considèrent comme des citoyens modèles.Ils vivaient déja au village avant la révolution.Se sont des brutes.[...]Ils ont leurs propres maisons,loin des nôtres.On les voit souvent de notre côté du village,ils surveillent tout et nous disent ce que nous devons faire.
Le "nouveau peuple" constitue le plus bas niveau.Nous n'avons pas le pouvoir d'agir ni la liberté de parole.Nous devons obéir sans discuter aux autres classes.Le nouveau peuple,ce sont les habitants des villes qui ont été chassé vers les villages.Soupçonnés de ne pas reconnaitre l'autorité de l'Angkar,ils sont surveillés en permanence,à l'affut du moindre signe de rebeillion.Afin de nous instiller une certraine loyauté envers l'Angkar,les Khmers rouges considèrent comme une éthique du travail urbaine et indésirable,nous avons droit au travail le plus dur et aux heures les plus longues.
Le nouveau peuple est lui même divisé en différentes classes.Ceux qui étaient étudiants,foncitionnaires,médecins,artistes,ou enseignants sont jugés moralement corrompus.Ensuite les Viêtnamiens,Chinois,et autres groupes ethniques minoritaires sont jugés racialement corrompus.Papa me dit que les membres du nouveau peuple sont obligés de travailler très dur,pour prouver qu'ils valent davantage vivants que morts,et vu que nous sommes mi Cambodgiens,mi Chinois,il faudra travailler encore plus dur que les autres.
Le soir,avant de nous endormir,nous ne faisons qu'échanger quelques mots à voix basse,de peur qu'on nous entende.La nuit,les soldats patrouillent le village,regardent dans les maisons,prêtent l'oreille.S'ils entendent,ou croient entendre,des gens parler de politique,la famille entière aura disparu avant le matin.Les soldats nous diront que la famille est allée s'installer dans un camp de réeducation,mais nous savons tous qu'elle a disparu pour de bon,qu'on ne la reverra jamais...




