Ro Leap

Ro Leap
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Témoignage de Loong Ung,toujours tiré de son livre...

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Neuf mois après avoir été chassés de Phnom Penh par les Khmers Rouges,nous arrivons au village de Ro Leap.Il est déja tard.Dans le ciel,les nuages se déchirent...Ro Leap ressemble à tous les villages que nous avons traversés pendant nos voyages.

[...]Des villageois entourent le camion pour regarder les membres du "nouveau peuple",c'est à dire nous.Tous sont vêtus des habituels pyjamas noirs,et portent autour de la tête ou sur les épaules un foulard à carreaux rouge et blanc.Bien qu'ils soient plus vieux,ils ressemblent aux soldats Khmers rouges qui avaient envahi notre ville,sauf qu'ils n'ont pas de fusils.

"On devrait tuer et fusiller les capitalistes! " crie quelqu'un dans la foule et nous regardant d'un air menaçant.Un autre villagois s'avance et crache aux pieds de papa.Papa,les épaules basses,joint les mains en un geste de salutation.Ils ont l'air très méchant,on dirait des tigres affamés prêts à nous sauter dessus.Leurs yeux noirs nous fixent avec mépris.Je ne comprends pas pourquoi ils me regardent comme si j"étais un animal curieux,en réalité,nous nous ressemblons beaucoup.

"Viens,il faut descendre du camion",me dit papa doucement,A contre coeur,mes pieds,me portent vers ses bras grands ouverts.Je lui murmure à l'oreille : " Papa,qu'est ce que c'est les capitalistes? Pourquoi faut il les tuer?" Papa ne me répond pas et me dépose par terre.

Cinq cents membres de la "base" vivent à Ro leap.On les appelle "Ancien peuple " ou " Peuple de la base " parce qu'ils habitaient déja le village avant la révolution.La plupart des gens de la base sont des fermiers et paysans illetrés qui ont soutenu la révolution.Selon l'Angkar,ce sont des citoyens modèles,car la plupart ne seront jamais sortit de leur village et n'ont pas été corrompus par l'Occident.
Nous sommes le " nouveau peuple " qui a été chassé des villes.Les gens de la base,qui ont toujours vécu à la campagne,sont récompensés en ayant le droit de rester dans leurs villages.tous les autres sont forcés d'aller là ou l'ordonnent les soldats.Les membres de la base doivent apprendre aux gens du nouveau peuple à travailler dur et à être fiers de leur pays.Alors seulement nous serons dignes du nom des Khmers.[...]

Kim m'explique qu'un capitaliste est un habitant des villes.Il dit que le gouvernement des Khmers rouge pense que la science,la technologie et tout ce qui est mécanique sont mauvais,et doivent être donc être détruits.Selon l'Angkar,la possession d'instruments mécaniques comme les montres,les horloges,les téléviseurs et les automobiles crée une profonde division de classes entre riches et pauvres.Cela permaittait aux riches des villes d'étaler leur richesse,pendant que les pauvres des campagnes s'échinaient pour nourir et vêtir leur famille.Ces instruments étaient importés de l'étranger,et par conséquents mauvais.Les seules machines autorisées sont les camions qui servent à évacuer les gens,et les armes pour réduire au silence les voix qui s'élèveraient contre l'Angkar.

Un des chef s'avance d'un pas décontracté,bougeant les bras et les jambes avec une lenteur délibéré.

"Dans ce village,nous vivons selon les règles rigoureuses fixées par l'Angkar.Vous devez les respecter.Un de ces règles concerne l'habillement.Vous voyez que nous portons tous les mêmes vêtements.Chacun et chacune est coiffé de la même façon.Ainsi nous nous libérons de la vanité,cette création corrompue de l'Occident."

Un des soldats se tenant à ses côtés s'avance vers une famille.Il tend le bras vers le sac que tient une femme.Tandis que le sac glisse de son épaule,elle baisse les yeux.Le soldat fouille ds le sac et regarde avec dégout les vêtements colorés qu'il trouve.Il vide le contenu du sac par terre,au millieu des gens qui font cercle autour de lui.La même scène se répète pour chaque famille.
Avant même que le soldat n'approche,maman a empilé tous nos sacs devant nous.Le soldat prend les sacs et commence à jetter nos vêtements sur le tas.Il plonge la main dans un des sacs et en retire quelque chose de rouge,mon soufle s'accelère.Une robe de petite fille.Il grimace comme si la vue d'un tel objet lui soulevait l'estomac,puis roule la robe en boule et la lance en haut d'un tas de vêtements...Autant de souvenirs d'une vie passée qu'il faut détruire.Je suis la robe du regard en concentrant mon ernergie sur elle,je voudrais tant la sauver.Ma première robe rouge,celle que maman m'avait cousue pour le Nouvel An.

"Il est interdit de porter des vêtements de couleur,continue le chef.Vous ôterez ceux que vous avez sur le dos et vous les brûlerez également.[...]"

"-Dans le Kampuchea démocratique,nous sommes tous égaux et n'avons à nous abaisser devant personne.Lorsque les étrangers ont envahi le Kampuchea,ils ont apporté avec eux leurs mauvaises habitudes et leurs titres fantaisistes.Depuis que l'Angkar a chassé les étrangers,nous n'avons plus à utiliser ces titres fantaisistes.A partir de maintenant vous direz " Met " (Camarade) à tout le monde.
-Oui camarade,répondons nous collectivement.
-Les enfants changeront leur façon d'appeler leurs parents.Père se dit maintenant " Poh " et plus Pa,Papa,et Mère, "Mèh".Dans ce village,nous partageons tout.Il n'y pas de proprièté privée.Animaux,terres,jardins et même maisons,tout appartient à l'Angkar.Si l'Angkar vous soupçonne d'être un traitre,nous viendrons chez vous pour tout fouiller.les hommes de la base et nos camarades soldats surveilleront votre zone de travail;s'ils voient que vous négligez vos devoir et signalent que vous êtes paresseux,vous n'aurez rien à manger.
Les enfants n'iront pas à l'école pour emcombrer leur cervelle d'informations inutiles.si nous les faisont travailler dur,ils auront des esprits aiguisés et des corps agile.L'Angkar ne tolère pas la paresse."

Bien que nous soyons en principe tous égaux,il y a au village,trois clases de citoyens.Au sommet il ya le chef,dont l'autorité s'étend au village entier.Il commande ses assistants et les soldats Khmers rouges.[...]Ils ont tous les pouvoirs d'enseignement,de police,de jugement et d'exécution.Au niveau local,ils sont les yeux et les orreilles de l'Angkar.Ils rapportent toutes les activités à l'Angkar et font respecter la loi de l'Angkar.

Ensuite il y a "L'ancien peuple ",la plupart sont des paysans presque ou totalement incultes,mais les Khmers rouges les considèrent comme des citoyens modèles.Ils vivaient déja au village avant la révolution.Se sont des brutes.[...]Ils ont leurs propres maisons,loin des nôtres.On les voit souvent de notre côté du village,ils surveillent tout et nous disent ce que nous devons faire.
Le "nouveau peuple" constitue le plus bas niveau.Nous n'avons pas le pouvoir d'agir ni la liberté de parole.Nous devons obéir sans discuter aux autres classes.Le nouveau peuple,ce sont les habitants des villes qui ont été chassé vers les villages.Soupçonnés de ne pas reconnaitre l'autorité de l'Angkar,ils sont surveillés en permanence,à l'affut du moindre signe de rebeillion.Afin de nous instiller une certraine loyauté envers l'Angkar,les Khmers rouges considèrent comme une éthique du travail urbaine et indésirable,nous avons droit au travail le plus dur et aux heures les plus longues.
Le nouveau peuple est lui même divisé en différentes classes.Ceux qui étaient étudiants,foncitionnaires,médecins,artistes,ou enseignants sont jugés moralement corrompus.Ensuite les Viêtnamiens,Chinois,et autres groupes ethniques minoritaires sont jugés racialement corrompus.Papa me dit que les membres du nouveau peuple sont obligés de travailler très dur,pour prouver qu'ils valent davantage vivants que morts,et vu que nous sommes mi Cambodgiens,mi Chinois,il faudra travailler encore plus dur que les autres.

Le soir,avant de nous endormir,nous ne faisons qu'échanger quelques mots à voix basse,de peur qu'on nous entende.La nuit,les soldats patrouillent le village,regardent dans les maisons,prêtent l'oreille.S'ils entendent,ou croient entendre,des gens parler de politique,la famille entière aura disparu avant le matin.Les soldats nous diront que la famille est allée s'installer dans un camp de réeducation,mais nous savons tous qu'elle a disparu pour de bon,qu'on ne la reverra jamais...





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# Posté le samedi 03 septembre 2005 06:26

Modifié le samedi 19 août 2006 19:11

La marche de 7 jour

La marche de 7 jour
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Témoignage de Loong Ung,toujours tiré de son livre...

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Lorsque j'ouvre les yeux le lendemain matin,la première chose que je vois c'est le visage morose de Chou,se découpant à l'envers sur le ciel nuageux.Elle me tire les cheveux par petites saccades."Réveilles toi!Il faut se remettre en route!"

Autour de nous,une foule immense s'agite bruyamment:des bébés pleurent,des vieilles femmes gémissent,des pots et des casseroles s'entrechoquent sur le côté des charettes dont les roues font crisser la poussière.Il y a beaucoup plus de gens que je puis en compter.

Je suis du regard Khouy et Meng,qui entrent dans l'enceinte du temple pour chercher de l'eau avec de grands potes argentés.
"Nous sommes allés au temple,mais nous n'y avons pas trouvé de moines,seulement quelques soldats Khmers rouges,expliquent-ils à papa.Ils nous ont criés de ne pas approcher du puits.Nous avons fait demi tour,mais d'autres y sont allés quand même..."


Khouy est interrompu par des coups de feu venant du temple.Par la suite nous apprenons que les soldat Khmers rouges ont tué deux personnes dans le temple,et en ont bléssé beaucoup d'autres.[...]

"-Dis,papa,on rentre bientôt à la maison?Les soldats avaient dit que nous pourrions retourner chez nous au bout de trois jours"Je tire sur son pantalon pour attirer son attention.C'est déja l'après midi,mais n'avons même pas ralenti.
-Peut être.En attendant,il faut marcher.
-Mais c'est le troisième jour,papa.Allons nous faire demi-tour pour rentrer chez nous,maintenant?
-Non,il faut continuer à avancer" Le ton de papa est triste.comme chacun doit porter quelque chose,j'ai choisi ce qu'il ya avait ed plus petit sur le tas,c'est à dire le pot à riz.Au fur et à mesure que je marche,le pot deviens plus lourd.Tandis que le soleil monte de plus en plus haut dans le ciel,les poignées en métal brûlantes s'enfoncent dans les paumes de mes mains,tantôt,je le porte devant moi en le tenant des deux mains,tantôt je le passe d'un bras à un autre,mais de quelques façon que je le porte,le pot rebondit sur ma jambe ou sur ma cuisse,à la longue ça fait mal.

Le soir vient et je perd tout espoirs de rentrer à la maison cette nuit.Je traîne des pieds et fais des pas de plus en plus petits,jusqu'à ce que je me retrouve loin dérrière les autres.

Je crie :
"-Papa!!!J'ai faim et j'ai mal aux pieds!!
-Tu ne peux pas manger maintenant.Il reste très peu de nourriture et il faut la rationner parce que nous avons encore beaucoup de chemin à faire"

Je m'arrête au milieu de la route,j'essuie les larmes épaisses qui coulent sur mes joues.
"Les trois jours sont passés!!Nous pouvons rentrer à la maison!!!"Mes mots sont entrecoupés de hoquets et de sanglots.Je lâche le pot pour me frotter les yeux,qui me piquent.[...]Papa va vers Keav et prend une boule de riz gluant dans le pot qu'elle porte.Il vient vers moi et me la tend.Rouge de honte,je fixe le sol,mais je prends quand même le riz.Il me caresse doucement les cheveux pendant que j'avale mon riz entre deux sanglots.Papa se penche pour me regarder dans les yeux et me dit à voix basse:

"Ils mentent.Les soldats nous mentent.Nous ne pouvons pas rentrer chez nous ce soir."Ses mots font redoubler mes sanglots.
-Ils avaient dit trois jours...
-Je sais,mais ils mentaient.
-Pourquoi??
-Je ne sais pas..."

Papa me frotte doucement le visage,avec sa main,puis prend le pot que j'avais posé par terre,en me disant que jusqu'à la fin du voyage je n'aurai rien d'autre à porter que moi même.
La route est pleine de gens,j'ai pitié d'eux car ils sont encore plus à plaindre que moi.Je suis malheureuse mais moi au moins j'ai des chaussures.Certaines personnes que nous depassons marchent pieds nus sur la chaussée brulante,en portant tous leur biens sur le dos ou sur la tête.Lorsque la nuit tombe,nous,nous installons une fois de plus sur le bord de la route,comme les ceintaines de milliers d'autres familles chassées de Phnom Penh.


Le quatrième jour commence exactement comme les trois jours précédents.Je demande sans cesse à Kim:
"C'est encore loin?On arrive bientôt?",comme on me reponds pas,je me met à pleurnicher.
Vers midi,nous arrivons au poste de contrôle des Khmers rouges,dans la petite ville de Kom Baul.Le poste militaire,comprend en tous et pour tout quelques petites tentes,avec des camions garés à côté.[...]


"Vous êtes à la base de Kom Baul!!Vous n'avez pas le droit de passer avant d'avoir été contrôlés.Restez en rang avec les membres de votre famille!!Nos camarades Soldats vont vous poser quelques simples questions!!Vous devrez répondre franchement,sans mentir à l'Angkar!Si vous mentez à l'Angkar,nous le découvrirons!!L'Angkar sais tout,l'Angkar a des yeux et des oreilles partout!!"



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Angkar===>Parti politique des Khmers Rouges,dont les chefs sont Pol Pot(1ere personne tout à gauche sur la photo...),Khieu Sanpang.....L'Angkar était sous le régime vénéré comme un dieu.

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"Sur votre droite,vous voyez une table ou vos frères camarades sont prêts à vous aider.Tous ceux qui ont travaillé pour le gouvernement déposé,les anciens soldats,les fonctionnaires,et les homme politique,avancez vous vers la table pour vous faire inscrire.Tous ceux qui possèdent ces capacités doivent travailler pour l'Angkar." A la vue des soldats Khmers rouges,mon estomac se contracte de nouveau.La peur paralyse mes membres.J'ai envie de vomir.

Papa rassemble toute la famille et nous fait mettre en rang avec d'autres familles de paysans."N'oubliez pas,nous sommes une famille de paysans.Donnez leur tout se qu'ils veulent et ne discuter pas.Ne dîtes rien,c'est moi seul qui parle.Ne vous eloignez pas,ne faites rien du tout à moins que je ne vous le dise."

Soudain,un des soldats arrache le sac qu'un homme porte sur l'épaule,et en vide le contenu par terre.Le Khmer rouge fouille dans le tas et tire un vieil uniforme de l'armée de Lon Nol.Il regarde l'homme avec mépris et le pousse vers un autre soldat.Cela fait,le soldat passe à une autre famille.Tête basse,les bras ballants,l'homme se laisse emmener sans résister par le soldat,qui le pousse avecd la crosse de son fusil.
C'est enfin à nous d'être interrogés.[...]Lorsque le soldat Khmer rouge vient vers nous,mon ventre se noue douleuresement.Je me sers plus fort contre Papa et lève sa main pour prendre la mienne[...]


"Quel est votre métier?demande séchement le soldat à Papa
-Je travaille comme emballeur au port de marchandises
-Et vous que faites vous?"Le soldat pointe son index vers Maman dont les yeux ne quitent pas le sol.Maman remonte Geak sur sa hanche et répond d'une voix à peine audible:
"Je vends des vêtement d'occasion sur le marché..."

Le soldat fouille dans tout nos sacs,l'un après l'autre.Quand il a fini,il se penche pour ôter le couvercle du pot à riz posé à côté des pieds de papa.Son visage est tout près du mien.Je me concentre sur mes orteils crasseux.Je n'ose pas le regarder,car on m'a dit que si on regarde leurs yeux,on voit le diable en personne.

"C'est bon,vous pouvez y aller
-Merci camarade.."dit papa en inclinant la tête avec humilité.Le soldat regarde déja le suivant,et se contente de nous faire signe de nous dépêcher.

Après avoir franchi le poste de contrôle sans problème,nous marchons encore quelques heures jusqu'à ce que le soleil aille dormir derrière les montagnes.
Le lendemain matin,je suis réveillé par mon père et mes frères qui parlent à voix basse.

"Papa,murmure Meng,d'une voix apeurée,un homme m'a raconté que les bruits que nous avons entendus cette nuit,c'était les soldats Khmers rouges qui tiraient sur ceux qui s'étaient inscrits pour travailler.Ils les ont tous tués,jusqu'au dernier.
-Tais toi,n'en dis pas plus.Si les soldats nous entendent,nous serons tous en danger.
-Papa...."Je me lève et m'approche de lui."Depuis cinq jours,nous n'arrêtons pas de marcher et de marcher...Quand est ce qu'on rentre à la maison?
-Silence,il ne faut plus en parler."murmure t-il en me confiant à Keav.Keav me prend par la main et me conduit vers les bois pour que je fasse mes besoins.Nous n'avons fait que quelques pas lorsque Khouy nous arrête:

"N'allez pas plus loin!!Faites demi tour!!crie t-il.Il y a un cadavre dans les hautes herbes,à deux pas devant vous.C'est pour ça que cet endroit était resté inoccupé hier soir."


[...]Nos provisions diminuent,il ne reste que quelques livres de riz.Khouy et Kim marchent près d'un kilomètre jusqu'a un village appelé Ang Snur,et reviennent au bout d'une heure.Kim porte une brassé de bois sec.Meng tien à la main,une baguette sur laquelle sont enfilés deux petits poissons et quelques légumes sauvages.Khouy vient vers nous avec un large sourire.

"Regarde Maman!!!du sucre!!!
-Du sucre brun!!s'éxclame maman en lui prenant le pot des mains.Dès que j'entends ces mots,je me précipite vers le pot en dépit de ma fatigue.
-Venez tous en goûter.Juste un peu,il faut en garder."dit maman pendant que nous faisons cercle autour d'elle.
-Moi.....moi..."Dis-je d'un ton suppliant.Maman abaisse lentement le pot jusqu'à ma hauteur.[...]


Quand le jour se lève,maman réveille tout le monde et nous nous préparons pour notre septième jour de marche.Au loin,je parviens à distinguer un cycliste solitaire,je ne vois pas bien s'il est grand ou petit,mais il a l'air très maigre.Je trouve curieux qu'il avance en sens inverse de la foule.Tout d'un coup,Maman pousse un grand cri,qui me fait sursauter.Entre deux sanglots,elle parvient à articuler:


"C'est votre oncle!!"


Tous exités,nous sautons et agitons les bras en l'air pour le saluer.Oncle Kim Leang lève une main pour répondre à notre salut et pédale plus vite,dans notre direction.Il s'arrête à quelques pas de nous,et nous nous précipitons vers lui.[...]Oncle Leang prend un paquet sur le porte bagage et le donne à Maman.Pendant qu'elle ouvre les boîtes de thon et d'autres friandises,oncle Leang raconte à Papa que d'autre réfugiés sont arrivés à son village ce matin.Les réfugiés lui ont parlé de l'évacuation,des Khmers rouges qui ont forcé tout le monde à quiter les villes,pas seulement Phnom Penh,mais aussi Battambang et Siem Riep.Il nous apprend ensuite une nouvelle fantastique:Oncle aîné vient nous chercher avec une charrette!!Un sourire radieux éclaire mon visage:Je n'aurai plus besoin de marcher,et dans quelques jours,nous pourrons rentrer chez nous.




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# Posté le jeudi 18 août 2005 15:29

Modifié le samedi 19 août 2006 19:49

l'Exode

l'Exode
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Témoignage de Loong Ung toujours tiré de son livre...

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"De longues heures plus tard,nous sommes enfin sortis de la ville et sur la route,mais nous avançons toujours très lentement.
J'ai l'impression que nous roulons depuis une éternité.[...]Au fur et à mesure que nous éloignons de la ville,les grands immeubles cèdent la place à des huttes aux toits de chaume,dispersées au milieu des rizières.Notre camionnette roule lentement au milieu de la foule,sur une piste poussièreuse.[...]Les huttes qui abritaient hier des familles sont vides,les rivières ne sont pas entetenues.[...]Nous nous arrètons devant une maison inhabitée.[...]


Nous n'avons parcouru que 15 km mais c'est déja un autre monde,qui n'a plus rien a voir avec Phnom Penh.[...]Quand tout est prêt,nous nous installons autour du feu pour manger le riz et le porc salé que maman avait fait cuire ce matin.Il n'y a ni table,ni chaise pour s'asseoir.


"-J'ai envie d'aller aux toilettes,dis-je à maman
-Va dans les bois
-Mais ou?
-N'importe ou,tu verras bien.Attends je vais te donner du papier"Maman s'absente un moment,puis revient avec une liasse de billet

"-Mais c'est de l'argent,je peux pas m'essuyer avec de l'argent!
-Mais si prend le.Il nous sert plus à rien maintenant."



[...]le lendemain après avoir mangé un peu de riz froid et des oeufs salés,nous remontons dans la camionette et démarons.Nous roulons de longues heures,partout ou nous passons,l'on voit des gens marcher dans toutes les directions.[...]On s'arète pour déjeuner.Pendant que Maman et Keav préparent le repas,Papa et Meng vont ramasser du bois mort pour le feu.Quand ils reviennent ,papa dit a Khouy que nous avons bien fait de partir vite.Les soldats ont obligé tous les habitants à quiter la ville:ils ont vidé les écoles,les restaurant et les hôpitaux.Même les malades ont du partir.Comme ils n'avaient pas le droit de rester d'abord chez eux,ils se trouvent séparés de leur famille.


"Beaucoup de personnes âgées et de malades ne s'en sont pas sortis,aujourd'hui,dit Khouy d'un air sombre.J'en ai vu au bord de la route,portant encore leur chemises d'hôpital tachées de sang.Certains marchaient,d'autres étaient poussés par des proches dans des charettes ou des lits à roulettes"Maintenant,je comprend pourquoi Keav rabattait tout le temps le foulard sur mon visage,en me disant de baisser la tête,de ne pas regarder pa dessus la ridelle de la camionnette.
"Les soldats ont fait le tour du quartier,frappant à toutes les portes pour dire aux gens de partir.Ceux qui refusaient étaient abattus sur place."


[...]Je ne comprends pas.Pourquoi tout ça?Qu'est ce que ça veut dire?[...]Hier je jouais à la marelle avec mes amies.Aujourd'hui,nous fuyons des soldats armés de fusil.

Un flot ininterrompu de gens semble suivre notre trace.Tandis que je lutte pour ne pas m'endormir,étourdie par la chaleur étouffante,mes pensées vagabondent,passant sans cesse d'un sujet à un autre.Je me demande pourquoi nous avons dû partir.[...]Je voudrais retourner à la maison.Tout d'un coup,le moteur de la camionette se met à crachoter,il gémit,a des ratés et finit par s'arrêter.
"Nous sommes en panne séche.Il n'y a pas de poste d'essence par ici dit papa.Il faudra faire le reste du chemin à pied.Prenez seulement quelques vêtements,et autant de vivres que vous pouvez en porter.C'est encore loin vous savez."

"-Toi!! hurle un soldat khmer rouge,donne moi tes montres!!
-Tout de suite."

Courbant les épaules en signe de soumission,Papa retire les montres que Meng et Khouy portent au poignet.Il les tend au soldat évitant de le regarder dans les yeux?

"Ca va.Et maintenant dégagez!!"ordonne le soldat en repartant.Lorsqu'il est assez loin,papa nous explique que dans l'avenir il faudra donner aux soldats tout ce qu'il demandent.Autrement ils nous tueront...



Nous marchons du petit matin jusqu'au coucher du soleil.La nuit venue,nous nous arrêtons au bord de la route près d'un temple.Nous déballons le poisson séché et le riz.Je mange en silence.L'atmosphère d'aventure et de mystère s'est dissipée,il ne reste que la peur".

# Posté le jeudi 21 juillet 2005 17:41

Modifié le samedi 19 août 2006 19:45

Phnom Penh 1975......

Phnom Penh 1975......
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Témoignage de Loung Ung,tiré de son livre "Dabord,ils ont tué mon père"

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"C'est l'après midi.Je joue à la marelle avec mes amies dans la rue.Je devrais être à l'école mais Papa a voulu que je reste à la maison.Lorsque j'entends un grondement de moteurs au loin,je m'arrête de jouer.Il y a des vieux camions boueux qui passe devant moi.A l'arrière des camions,se trouvent des hommes vêtus de pantalons noirs déteints avec des écharpes rouges en guise de ceintures,de chemises noires à manches longues,le front ceint de foulard rouges.Ils lèvent le poing vers le ciel et poussent des cris de triomphe.La plupart paraissent jeunes[...]En dépit de leur apparence,la foule les accueille avec des applaudissements et des vivats.Leurs visages expriment un enthousiasme fanatique.Portant de longs fusils dans leurs bras ou sur le dos,ils sourient rient et agitent la main,comme le roi devant la foule.
Je monte en courant à l'appartement.Papa,assis sur le balcon,observe l'agitation de la rue.Je grimpe sur ses genoux:
"-Papa c'est qui ces hommes?Pourquoi tout le monde les applaudit?
-Ce sont des soldats,et les gens les aclament parce que la guerre est finie,dit il calmement.
-Qu'est ce qu'ils veulent?
-Nous...
-Pour quoi faire?
-Regarde leurs pieds,ils portent des sandales faites avec des pneus de voitures...
-Pourquoi,sa veut dire que ce sont des méchant à cause de leurs sandales en pneus de voitures?
-Elles prouvent que ce sont des "destructeurs".

[...]Après 20 minutes,je vois avec stupéfaction que tout le monde est en train de faire ses valises.

"-Que se passe t-il?Ou on va?
-Ou étais tu?!!Nous devons partir,il n y a pas de temps a perdre,Va vîte dinner!!"Maman court dans tout les sens pour emballer nos affaires.[...]Maman se précipite et se met à entasser des bols,des assiettes,cuillères....
Moi et une de mes soeurs sommes installés sur le plateau.Papa conduit la camionette,Maman et Geak,sont assis à coté de lui dans la cabine.Khouy nous suit lentement sur sa moto.Du haut de la cammionette,on entend le vacarme des voitures,des camions et des motos,les sonnettes grinçantes des cyclo-pousses,les poêles et les casseroles qui s'entrechoquent,les clameurs de la foule.Les gens sortent en masse de chez eux,innondent les rues,abandonnent Phnom Penh.Certains ont de la chance,comme nous,d'avoir un véhicule,mais la plupart partent à pied,leurs sandales claquant sur la chaussée.

De toutes parts,des hommes et des femmes crient et gémissent,disent adieu en pleurant à ceux qui ont choisi de rester.Des petits enfants appellent leur mère en pleunichant,des paysans fouettent sans relache leurs vaches et leurs boeufs pour les encourager à tirer les charlettes plus vite.Beaucoup de gens portent sur le dos ou sur la tête des sacs en tissu contenant tous leurs biens.Ils avancent d'un pas énergique,criant à leurs enfants de rester ensemble,de se tenir par la main,de ne pas être à la traine.Je me blottis contre Keav.Les soldats sont partout,avancent d'un pas décidé,crient dans des portes-voix....Leurs visages ne sont plus souriants,comme quand je les avais vus arriver.Maintenant ils rugissent des mots pleins de colère tout en brandissant leurs fusils[.Ils crient aux gens de fermer leurs boutiques,de leurs remettre les armes que l'on possède.

Ils hurlent à des familles d'avancer plus vite,de ne pas rester dans le passage,de ne pas poser de question.Tenant Keav par la taille,j'enfonce mon visage dans sa poitrine pour pleurer...Chou est assise derrière Keav,silencieuse,les yeux clos.A côté de nous,Kim et Meng,le visage fermé,obsevent la cohue qui nous entoure.Me serrant encore plus fort contre Keav,je lui demande:
"-Pourquoi les soldats sont ils aussi méchant?
-Chut...On les appelle Khmers Rouges.Ce sont des communistes.
-C'est quoi,un communiste?
-Eh bien,c'est.....c'est dur à expliquer.Tu demandras a Papa."


[...]Je demande pourquoi ils sont si méchants,s'ils nous aiment tant.Tout à l'heure,je les avais acclamés,maintenant ils me font peur.

"Emportez un minimum de choses!Vous n'aurez pas besoin de vos affaires!Dans 3 jours,vous pourrez revenir!!!Personne ne peut rester ici!La ville doit être vidée!Les Américains vont bombarder la ville!Partez immédatement! "

[...]Les soldats brandissent leurs fusils et tirent en l'air pour bien nous faire comprendre que leurs menaces sont bien réelles.A chaque salve,les gens pris de panique,se bousculent frénétiquement pour avancer plus vite.[...]



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# Posté le dimanche 17 juillet 2005 16:28

Modifié le samedi 19 août 2006 20:05

Au commencement.....

Au commencement.....
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1970:

Avant le génocide,Le
Cambodge était un pays plein d'espoir malgré un contexte délicat qui sortait
du "
Protectorat Francais" depuis 1954.Le Prince "Norodom Sihanouk" chef d'état depuis
1960,soutenu par la France et les pays socialistes entend maintenir une politique de neutralité vis
à vis de L
a guerre du Viêtnam opposant les Nord-viêtnamien communiste aux Etats Unis....


Cepandant il est renversé par une faction liée aux Etats Unis.Pendant 5 ans,le régime Pro
Américain
de "Lon Nol" se maintient jusqu'a la prise de la Capitale "Phnom Penh"en 1975 par les
"
Khmers Rouges"et leur partit politique "l'Angkar" qui est le début de l'engrenage infernal qui prendra fin avec avec 2 millions de morts......


Pour
voir et comprendre un peu mieux plus cette période sanglante de mon Pays je vous conseille de voir les Films "La déchirure" et "S 21".Ce sont de très bon film qui explique clairement et surement mieux que moi le génocide khmer...





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# Posté le vendredi 15 juillet 2005 18:04

Modifié le samedi 19 août 2006 20:32